À
la fin de son septième cours de piano de
la journée c'est avec amertume que je quittais le somptueux appartement des Du
Val situé au premier étage d'un majestueux immeuble du boulevard des Italiens. Par générosité Madame Du Val ,
en plus de mes gages, me remis “l'extraordinaire”
somme de cent sous. Je décidais donc de
les employer dans un but purement récréatif étant donné que cette somme
n'aurait pas pu être utile à d'autres fins. Une fois le pied posé sur le
boulevard je me figeais quelques seconds, à me demander comment j'allais finir
ma soirée. Les bruits de fond répétitifs et lancinants que font les roues
des fiacres contre le pavé les hennissements incessants des chevaux associés au
bourdonnement des discussions oiseuses des passants m'empêchaient de me concentrer sur mes
pensées. Inconsciemment, je me surpris en train de porter un jugement critique
sur cette foule qui se pavanait sur les trottoirs du Boulevard. Les passants paraissaient comme
de grotesques copies de paysans endimanchés. Les femmes sous cette
chaleur étouffante étaient vêtues de
longues robes aux couleurs de l'été et
de bas épais accompagnés de souliers à la talonnette pour la plupart . Les plus
aisés d'entre elles étaient munies d'une ombrelle, afin de se protéger de ce soleil
pesant, j'aurais tout donner pour en posséder une et échapper à cette canicule accablante. M'apparu
soudain un home, au gabarie grand et et à la taille élancée, allongée par un
chapeau haute forme défraîchi. Sa silhouette était encrée aux abords de la
devanture d'un café non loin , la poitrine bombée et les jambes légèrement entrouvertes comme si il venait de descendre à cheval.Lorsqu'il
s'avançait avec assurance pour entrer
dans le café sa démarche me rappelait vaguement celle d’un de mes anciens compagnons perdus au
combat ,les pas lents ,les talons qui battaient le pavé se démarquaient encore
plus des autres hommes qu'il poussait
fièrement de son chemin à large coup d'epaule En contraste avec la
puissance naturelle qu'il dégageait le complet qui l'habillait ne coûtait
sûrement pas plus de 80 Fr. et avait déjà bien fait son temps.Un
sentiment étrange s'empara de moi: la
curiosité ou juste une pulsion m'entraina
à suivre les pas de cet homme mystérieux ?En entrant dans le
restaurant l'odeur familière du café
fraîchement moulu et d'un alcool très fort s'empara de mes narines.La clientèle
était propre dans ce genre d'endroit : trois petites ouvrières négligées
ainsi que deux bourgeoises
accompagnées de leurs maris et un
peintre en pleine inspiration occupaient trois des huits tables de bois du restaurant. l'homme lui était
placé dans un coin légèrement plus isolé et jaugeait d'un regard sévère les
dineurs. Alors que ses yeux bleus
persants rencontraient les miens je ne
puis m'empêcher de les baisser aussitôt ;
il fit signe au serveur et
passa commande. Je profitais
alors de cet instant pour l'admirer. Cet homme était vraiment charmant,
bien fait d'un blond châtain vaguement roussi. Il portait une moustache qui
semblait mousser sur sa lèvre lorsqu'il ôta
son chapeau pour s'adresser la serveuse je remarquai la raie au milieu
de son crâne qui separait sa chevelure naturellement frisée . De longues
minutes s'étaient écoulées avant que la serveuse ne lui porte son met ; pendant ce temps j'observais les dispositions banals du restaurant:
un comptoir en bois vide surplombait les
tables de la pièce disposées en arc de
cercle autour d'un espace qui devait faire office de piste de danse lors des
soirées. La peinture blanche et rouge s'effritait et le toit du restaurant
était particulierement bas ce qui amplifiait
cette chaleur déjà bien présente.Au moment où je remis mon regard sur la table ou était l'homme, seule une assiette étonnamment
vide y était posée. Intriguée, je lancais
un regas discret sur le comptoir. La caissière était entraine de lui render de
la monaie, il la pris et avanca fièrement jusqu’a la porte du restaurant. Lors
qu’il se tourna, je ramarqua que le peintre ausi avait quittté les lieux.
L’homme cambra sa taille, frisa sa moustache d’un gesteque lui semblais
familier avant de jetter un dernier regard rapide et circulaire sur les
dineurs, Ce qui attise la convoitise des jeunnes ouuvrièresà ma gauche. Il se
retourna en un coup de talon puis deumeure un instant immobile sur le trotoire
avant de disparzitre dans le crepuscule. Perdu dans manpansées quelques
instants, je mis du temps a realizer que je n’allais surement plus jamais
revoir cette home. Sans meme savaoir pourquoi, cette pensée me rendis triste. Je
voulais sans doute qu’il me prette attention, ou du mois qu’il me lance
d’autres de ces regards chameurs? Je me rendis compte alors de ma naivté;
Comment ais-je pus croire qu’un homme aussi chaarismatique et éllégant, bien
que ne croulant point l’or, puisse sintéresser a moi? Moi, simple maitresse de
musique, enre deux ages, mal peigné, vétu d’un chapeau poussiéreux et d’une
robe de travers.
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Photographie du Boulevard des Italiens Paris 1850 |

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