lundi 20 avril 2015

Ecrit d'invention Bel-Ami

BOUGHAZI Laetitia                                                                            13-04-15
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Ecrit d’invention sur l’incipit de Bel-Ami







 (Tiré de la collection : Véhicules hippomobiles, Paris) 1870-1914. Source : Gallica)
http://ekladata.com/Hr18E5VJHn7bAyBCAEiI4ALHQqY.jpg

            J’étais assise, je savourais mon verre d’absinthe  tranquillement depuis plus d’une heure. Le café était rempli de tables toutes occupées par des bourgeois qui se restauraient dans un joyeux brouhaha. Il faisait assez sombre mais je distinguais clairement les murs recouverts de bois jusqu’à mi-hauteur et agrémentés de grands miroirs sur le haut. Ces miroirs donnaient une impression de profondeur à la pièce et l’éclairait un peu mieux. On pouvait ainsi voir certaines personnes à la fois de face et de profil comme ces deux bourgeoises avec leur mari qui jouaient aux cartes en s’exclamant de temps à autre. Le brouhaha des clients commençait à devenir étourdissant.
        A ma droite, j’écoutais trois petites ouvrières qui se lamentaient sur leur vie. Une d’entre elle, une petite brune de celles qu’on appelle les brunettes, peut-être la plus jeune soupirait : « Il faut que je gagne plus d’argent mais ce n’est pas avec mon travail de domestique que je m’en sortirais ». Leur conversation me semblait si habituelle que je n’y   prêtai pas attention plus longtemps.
             Soudain, j’entendis un gros monsieur barbu qui leva son bock de bière et qui cria d’une voix rogue  « Santé, que la fortune vienne à nous ». Ils répondirent en cœur à son exclamation « Que Dieu vous entende ! ».
             A côté de lui, à la caisse, se trouvait un monsieur qui portait beau. Son imposante carrure et sa prestance attirèrent mon attention. Il avait un buste solide, des jambes un peu entrouvertes comme s’il venait de descendre de cheval. Son complet ne semblait pas de première jeunesse ; cependant, toutes les dames l’admiraient, sans doute parce qu’il était grand et blond, avec un regard perçant d’un homme jeune à qui rien ne résiste. Sa moustache retroussée à la mode lui donnait un charme vénéneux et ses cheveux frisés naturellement le rendaient séduisant.
        Il récupéra sa monnaie, se dirigea énergiquement vers la sortie et posa son chapeau à haute forme sur sa tête. Il avait fière allure et se déplaçait d’un pas souple et assuré. Il sortit majestueusement faisant balancer sur ses gonds la vieille porte du restaurant. La porte s’ouvrit et je l’aperçu admirant les grandes rues de Paris remplies de monde. Il me paraissait si indécis ! Devais-je lui adresser quelques mots ? Qui était cet homme ? De quel âge ? N’était-il pas un de ces galants toujours fiers d’eux qui fréquentaient les cafés en quête d’aventure ? Mon imagination s’emporta, me faisant oublier la chaleur et l’humidité qui régnait, ainsi que les odeurs de cuisine qui remplissaient la rue. Je décidai alors de sortir du café espérant apercevoir encore ce singulier étranger. Les becs de gaz étaient déjà allumés et éclairaient tout Paris, de leur chaude lumière. L’homme était  là, au milieu de cette foule envahissante. Il semblait hésiter sur le chemin à prendre.
             Je vis une femme avec un sourire bienveillant et de belles pommettes rouges, vêtue d’une élégante robe seyante bien que simple, s’avançant timidement vers lui. Elle avait un  beau visage doux avec de grands yeux verts en amande et ses cheveux étaient savamment coiffés. Je me sentis mal à l’aise dans mes vêtements qui me semblaient mal ajustés et je regrettais de ne pas m’être mieux arrangée avant de sortir. Il faudrait que je donne plus de leçons de piano pour pouvoir m’offrir quelques toilettes. J’aurais pu me brosser les cheveux et me poudrer le nez. Mais contrairement à mon attente la jeune femme arrivée à sa hauteur ne s’arrêta point et continua dignement son chemin.
        Les passants se promenaient, se bousculant même parfois, tout en bavardant , ce qui créait un joyeux brouhaha coloré. Au milieu de la rue, quelques calèches tirées par de puissants chevaux, dont les sabots claquaient sur les pavés, transportaient des personnes riches. Une odeur âcre de sueur et de crottin envahissait l’air sur chacun de leur passage. Je me demandais si ce bel inconnu allait se décider à arrêter un fiacre ou si simplement il cherchait son chemin.
       Les arbres qui bordaient le boulevard s’élevaient majestueusement vers le ciel et donnaient une impression de profondeur. Un peintre se tenait contre un de ces gros arbres et semblait absorbé par son travail minutieux.  Il était assis  face à son chevalet et peignait une toile lumineuse installée sur son châssis. Dans le lointain, j’entendis le sifflet d’un train qui quittait son quai de gare.
       Je ne surpris à imaginer un départ vers l’inconnu accompagnée d’un ami galant avec lequel je regarderai défiler le paysage à travers la vitre.
 L’inconnu avait repris sa route. Il avançait fièrement, bousculant les passants qui ne s’effaçaient pas assez vite sur son passage. Il paraissait sûr de lui, en quête d’aventure. Mon cœur se sera … Il marchait loin devant moi et je le voyais disparaître progressivement, les flots des passants se refermant incessamment sur lui.
Je me dis que je reviendrai demain et les jours suivant dans ce petit restaurant non loin des quais et que j’aurais peut-être la chance de le croiser de nouveau.


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